ITW – Daniel Floret : « Vaccins, ces protecteurs mal-aimés »

Le 4 janvier 2017 - Par Manon Costantini

En France, la vaccination a fait l’objet de débats à plusieurs reprises. Se protéger des maladies, mais à quel prix ? Faut-il se méfier ? Le professeur Daniel Floret, président du Comité Technique des Vaccinations et professeur en pédiatrie répond à nos questions.

Faut-il une couverture vaccinale presque totale pour éradiquer une maladie ? 

Le taux de couverture vaccinale très élevé concerne principalement la rougeole. C’est l’une des maladies infectieuses les plus contagieuses. Alors, pour l’éliminer ou en interrompre la transmission, il faut que plus de 95% de la population soit vaccinée. Cependant, pour la plupart des maladies, une couverture moins importante est suffisante mais cela reste spécifique à chaque virus et au taux d’efficacité de chaque vaccin.

Faut-il avoir peur des vaccins ? 

Tout d’abord, il est important de constater l’intérêt des vaccins : ils permettent de sauver des millions de vies par an, ils ont aidé à réduire très fortement l’incidence de maladies graves comme pour le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche et même la diphtérie. La vaccination est d’ailleurs reconnue comme étant l’action de santé publique la plus efficace quant à la diminution de la mortalité. Tout ceci a évidemment un prix : les effets secondaires existent mais la plupart sont bénins. Pour les autres cas, il est important de préciser que la plupart des effets indésirables graves qui sont attribués aux vaccins sont faux. Je pense notamment à deux exemples : le lien entre le vaccin contre l’hépatite B et la survenue de la sclérose en plaque qui a été démenti. Des recherches ont également conclu qu’il n’y avait pas de lien causal entre le vaccin RRO (Rougeole-rubéole-oreillons) et l’augmentation des cas d’autisme.

Les vaccins permettent de sauver des millions de vies par an

La vaccination, c’est injecter un virus pour en tuer un autre, cette notion effraie…

Il existe deux types de vaccin : le vaccin « vivant atténué », qui est composé d’un agent infectieux vivant mais rendu inoffensif par de nombreux procédés. Et, il y a le vaccin « inactivé » et la plupart le sont. Il se compose d’agents infectieux qui ont été tués, ils sont donc inoffensifs mais encore capables de susciter une réponse du système immunitaire. Le développement d’un vaccin prend du temps : entre la conception et la mise sur le marché il s’écoule souvent une dizaine d’années.

Pourquoi tous les vaccins ne sont-ils pas obligatoires ?

Ce système de vaccins obligatoires est en quelque sorte une spécificité française. Certains ont été rendus obligatoires du fait de l’histoire. Par exemple, au cours des années 60, la poliomyélite était une maladie fréquente et la cause d’une mortalité importante : depuis lors, ce vaccin est donc imposé pour les nourrissons. Beaucoup d’autres injections sont recommandées mais pas exigées. Pourtant, elles sont tout aussi importantes. Les choses ont changé, la philosophie actuelle n’est plus d’obliger mais de convaincre du bien-fondé de la vaccination. La levée du caractère obligatoire d’une injection pourrait pourtant entraîner une chute de la couverture vaccinale.

 La levée du caractère obligatoire d’une injection pourrait pourtant entraîner une chute de la couverture vaccinale.

Premières vaccinations dès l’âge de 2 mois : n’est ce pas trop tôt, trop violent pour l’organisme ? 

Tous les vaccins ne sont pas faits aussi tôt. Le choix de l’âge se décide sur trois critères : premièrement, est-ce que le vaccin est efficace à cet âge ? Est ce que le système immunitaire est capable de réagir ? Et il a été conclu que oui, à deux mois, le système immunitaire est capable de réagir à la plupart des vaccins. Deuxièmement, est-ce que le vaccin est bien toléré à cet âge ? Les d’essais cliniques ont jaugé l’efficacité et la tolérance de l’individu face à ces injections. Et, troisièmement, le risque de la maladie. Par exemple, il n’est pas spécialement nécessaire de vacciner un enfant de deux mois contre la diphtérie ou le tétanos, il peuvent s’en immuniser un peu plus tard. Mais, il est important de vacciner un nourrisson de cet âge contre la coqueluche, les infections à haemophilus et les infections à pneumocoque.

Que pensez-vous de la possible vaccination en officine

A titre personnel, je crois que plus on aura de professionnels de santé impliqués dans la vaccination plus on aura de chance d’améliorer la couverture vaccinale. La vaccination en officine aurait le pouvoir de faciliter le parcours vaccinal, de le rendre plus simple. Actuellement, vous allez chez votre médecin, il vous prescrit le vaccin, vous vous rendez à la pharmacie pour récupérer l’injection puis vous retournez chez votre médecin traitant. Je pense que si l’on y gagnera à supprimer des étapes pour l’intérêt de la population.

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