Maladies chroniques : les risques de la non observance

Le 9 février 2018 - Par Vanessa Bernard

A ne pas suivre les prescriptions médicales, nous mettons en danger l’efficacité thérapeutique de nos médicaments. Phénomène d’ampleur, la mauvaise observance touche notamment les pathologies chroniques et nuit donc à la prise en charge optimale de centaines de millions de patients dans le monde.

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), « l’observance insuffisante est la raison principale pour laquelle les patients ne retirent pas tous les bienfaits qu’ils pourraient attendre de leurs médicaments. Elle entraîne des complications médicales et psychosociales, diminue la qualité de vie des patients, augmente la probabilité de développer des pharmacorésistances et provoque un gaspillage des ressources. »

L’observance est ainsi définie comme la capacité des patients à respecter les traitements prescrits par les médecins, en durée comme en fréquence de prise et en dosage. Or, en moyenne, les Français sont « observants » à 40%,  avec en fonction des pathologies, certains écarts qui se creusent plus particulièrement : 40% d’observants parmi les patients traités pour de l’hypertension artérielle, 52% parmi ceux traités pour de l’ostéoporose, 37% pour les diabètiques de type 2, 36% pour les insuffisants cardiaques, 13% d’observants parmi les malades traités pour de l’asthme, ou encore 44% parmi ceux pris en charge pour de l’hypercholestérolémie*.

Pourquoi sommes-nous tant à prendre à la légère nos médicaments ?

Les causes sont multiples. Il semblerait, en premier lieu, que nombreux soient les malades à sous-estimer l’impact et la gravité de la pathologie dont ils sont atteints. Autre explication encore le déni, parfois même la révolte face à une maladie que nous n’acceptons pas. Et puis, il est aussi des maux qui n’empêchent pas, en dehors de phases de crise, de mener une vie normale ce qui ne facilite pas l’adhésion thérapeutique puisque dans ces cas, l’interruption du traitement n’a pas de conséquence immédiate.

Il semblerait, en premier lieu, que nombreux soient les malades à sous-estimer l’impact et la gravité de la pathologie dont ils sont atteints. Autre explication encore le déni, parfois même la révolte face à une maladie que nous n’acceptons pas

Et il faut savoir qu’au-delà des risques courus par le patient à ne pas respecter son traitement, le problème est aussi le gaspillage entraîné par l’achat de médicaments qui ne seront finalement jamais consommés… En additionnant l’ensemble des coûts liés aux complications évitables grâce à une bonne observance, le système de santé dépense chaque année plus de 9 milliards d’euros*.  Car oui, ne pas suivre son traitement jusqu’au bout est bien à l’origine de complications

Observance : 15 millions de malades chroniques concernés

Si nous vivons de plus en plus longtemps, en revanche nous souffrons davantage de maladies chroniques. Ainsi, la proportion de personnes déclarant avoir un problème de santé récurrent voire permanent est relativement élevée : 37 %. Avec l’âge, la situation s’aggrave puisque 73% des personnes âgées de 85 ans ou plus se disent concernées. Parmi les principales maladies chroniques : l’asthme, les maladies rares, les bronchites chroniques, le diabète, l’insuffisance rénale… En France, 15 millions de personnes sont concernées.

 

Observance du traitement : les conseils du Pr Daniel Sérini

Ancien Chef de Service de Médecine Interne de l’Hôpital Saint-Louis, le Pr Daniel Séréni a également participé à la mise en oeuvre du livre blanc : L’observance des traitements, un défi aux politiques de santé de la Fondation Concorde. Il nous explique pourquoi il est important d’être un « bon observant » dans la prise médicamenteuse et nous donne les clés pour y parvenir. 

Etre observant à au moins 80%

Est considéré comme « bon observant », tout patient respectant au moins 80% de son ordonnance. Entrent compte : le nombre de comprimés à prendre et le respect de la durée du traitement prescrit. Si on veut aller plus loin, d’autres nuances apparaissent : prendre ou pas ses médicaments au bon moment (avec le repas ou non, à jeun ou pas…).

Ne pas hésiter à interroger son médecin 

Le médecin ne doit pas se contenter de donner l’information, il faut aussi qu’il s’assure qu’elle ait été bien reçue, entendue et comprise. Pour cela, il doit apprécier la personnalité du patient pour essayer d’anticiper. Il faut qu’il comprenne pourquoi son patient ne prend pas son traitement pour tenter de trouver une solution. Parfois, le simple fait de changer la périodicité de la prise médicamenteuse (passer de 3 fois par jour à seulement 2 fois, par exemple) peut améliorer considérablement l’observance.

 

*D’après une enquête IMS Health-France-Crip – 2014