Cancer du col de l’utérus : frottis et vaccination

Le 4 février 2018 - Par Vanessa Bernard

L’infection par le papillomavirus humain (HPV), est la première cause de cancer du col de l’utérus. Chaque année en France, on compte environ 3 000 nouveaux cas de et encore plus de 1 000 décès pourtant évitables. Le frottis et la vaccination pourraient les éviter. 

Avec 80% des femmes touchées au moins une fois dans leur vie, l’infection est plus que fréquente. Et si dans la plupart des cas, elle s’élimine naturellement par l’organisme, l’infection peut aussi être persistante. Ainsi, chez 10% des femmes infectées, le virus résiste pendant plusieurs années au niveau de la muqueuse du col de l’utérus et peut alors provoquer des lésions pré-cancéreuses, susceptibles d’évoluer vers un cancer.

Cancer du col de l’utérus : les facteurs de risques

Il faut savoir que dans les différents types de HPV qui existent, 13 ont été identifiés comme cancérigènes. Parmi eux, figurent l’HPV16 et l’HPV18, impliqués dans 70% des cas de cancers du col de l’utérus. Oui, mais alors, quels sont les facteurs de risques ? Apparaît que les rapports sexuels à un âge précoce, la multiplicité des partenaires, le fait d’avoir eu plusieurs enfants (multiparité), ou encore le tabagisme, l’utilisation prolongée de contraceptifs hormonaux, l’immunosuppression (inhibition de l’activation du système immunitaire) et certaines infections comme la Chlamydia Trachomatis ou le virus de l’herpès simplex de type 2, peuvent favoriser la survenue de la maladie. Sont également mis en cause, l’excès de poids et l’obésité. Mais sachant qu’il s’agit d’un virus qui peut concerner jusqu’à 80% des femmes, toutes sont donc potentiellement concernées.

Chez 10% des femmes infectées, le virus résiste pendant plusieurs années au niveau de la muqueuse du col de l’utérus et peut alors provoquer des lésions pré-cancéreuses, susceptibles d’évoluer vers un cancer.

L’indispensable frottis

S’il n’existe pas de traitement contre l’infection par le virus HPV et qu’en outre, le préservatif ne s’avère pas aussi efficace contre cette pathologie qu’il ne l’est contre le virus du sida (VIH), il est toutefois des précautions à prendre. Ainsi, depuis 2008, une vaccination préventive est proposée pour éviter la contamination par les deux types d’HPV les plus fréquemment en cause dans le cancer invasif du col de l’utérus, (l’HPV16 et l’HPV18, donc) pour les jeunes filles de 14 ans (avant les premiers rapports sexuels) et celles entre 15 à 23 ans dans l’année suivant le début de leur vie sexuelle. Evidemment, ce moyen préventif ne doit en aucun cas nous faire oublier l’indispensable dépistage, et donc le frottis. L’occasion de rappeler que toutes les femmes âgées de 25 à 65 ans, y compris celles qui sont vaccinées, doivent faire un frottis de dépistage tous les trois ans. C’est encore le meilleur de détecter précocement d’éventuelles lésions précancéreuses et de les traiter.

Un dépistage encore insuffisant…

Or malgré les mises en garde, s’avère qu’en France, le frottis n’est pas aussi systématique qu’il devrait pourtant l’être. Actuellement, le dépistage se fait de manière « spontanée » et baisse sensiblement après l’âge de 50 ans (une femme sur deux seulement se soumet à l’examen cytologique dans cette tranche). de même, il apparaît que le taux de dépistage est également très insuffisant chez les femmes vivant dans des milieux défavorisés, en situation ou atteintes de maladies de longue durée. Chaque année, pourtant, dans l’Hexagone, 31 000 lésions précancéreuses ou cancéreuses sont dépistées sur 235 000 frottis anormaux. C’est ainsi qu’aller vers la généralisation du dépistage organisé représente un axe fort du Plan Cancer 2014-2019 ; il est d’ailleurs prévu cette année.

Chaque année, pourtant, dans l’Hexagone, 31 000 lésions précancéreuses ou cancéreuses sont dépistées sur 235 000 frottis anormaux

… malgré ses bénéfices

Encouragés depuis les années 1980, les frottis ont déjà conduit à une baisse importante du nombre de nouveaux cancers du col de l’utérus. Et selon, l’INCa, la généralisation du dépistage organisé, avec des relances périodiques envoyées aux femmes concernées, pourrait  permettre de réduire encore de 30% les nouveaux cas et les décès. Et au-delà des frottis de dépistage, existe également un vaccin anti-HPV qui permet d’éviter les lésions pré-cancéreuses. En France, ce vaccin est recommandé chez les jeunes-filles âgées de 11 à 14 ans, avant qu’elles n’entament une vie sexuelle.

La vaccination, jugée insuffisante aussi

Ainsi, en France, la stratégie de prévention des cancers liés à l’HPV repose sur la vaccination chez les filles de 11 à 14 ans avec un rattrapage jusqu’à 19 ans révolus, chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes jusqu’à 26 ans et chez les personnes immunodéprimées jusqu’à 19 ans. Et pour le cancer du col de l’utérus, sur un frottis de dépistage tous les trois ans chez les femmes âgées de 25 à 65 ans, vaccinées ou non.

Selon les Autorités sanitaires : le vaccin est sans danger

Pourtant, en France, le taux de couverture vaccinale est l’un d’un des plus bas en Europe : moins de 20% de la population cible est vaccinée alors que le Plan Cancer 2014-2019 fixe un objectif de 60%. Oui, mais alors pourquoi les jeunes françaises se font-elles si peu vacciner contre le HPV alors que dans d’autres pays proches, l’injection ne pose pas tant de problème (86% de vaccinations anti HPV en Angleterre, 71%, en Italie) ? On impute à cette faible couverture vaccinale, une certaine défiance vis-à-vis de ce vaccin et de ses potentiels effets indésirables. Rappelons qu’en 2011, le Gardasil avait été accusé d’être à l’origine de maladies auto-immunes (la sclérose en plaques, notamment). Pour autant, depuis, des études scientifiques approfondies sont venues démentir ces allégations. Selon les Autorités sanitaires : le vaccin est sans danger.

Cervarix et Gardasil : les deux vaccins anti HPV

Actuellement, deux vaccins sont disponibles et remboursés dans le cadre de la vaccination contre le HPV : Cervarix et Gardasil. Dernier né de l’arsenal thérapeutique anti HPV, le Gardasil 9, protégeant contre 5 génotypes supplémentaires par rapport à Gardasil, lui conférant ainsi une protection contre 90% des cancers du col de l’utérus liés au HPV. Celui-ci a été évalué par la HAS (Haute Autorité de Santé) qui a rendu ses conclusions en octobre dernier. La HAS reconnaît ainsi son efficacité importante et sa bonne tolérance, proche de celle de Gardasil. Elle le propose donc au remboursement en lui attribuant un service médical rendu important mais parle aussi d’un impact supplémentaire faible en vie réelle. Comprenons ici, que cette dernière version n’aura sans doute pas plus de succès que ses générations précédentes.

D’où l’importance du dépistage

Pour les Pouvoirs Publics l’enjeu se situe donc aujourd’hui clairement dans le renforcement de la couverture vaccinale et du recours au dépistage. La HAS recommande en particulier une information large et argumentée auprès des professionnels de santé et du public sur les maladies à HPV, les vaccins, leur efficacité et leurs effets indésirables. Elle recommande également le développement d’interventions facilitant la vaccination, notamment auprès des populations les moins favorisées au sein desquelles le recours à la vaccination et au dépistage est moins fréquent.

Chaque année, l‘infection au papillomavirus (HPV) est responsable d’environ 3 000 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus, de 500 cancers de la vulve, de 300 cancers du vagin et 1 100 cancers de l’anus

Chaque année, l‘infection au papillomavirus (HPV) est responsable d’environ 3 000 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus, de 500 cancers de la vulve, de 300 cancers du vagin et 1 100 cancers de l’anus. C’est aussi l’un des seuls cancers dont le taux de survie à 5 ans est en diminution. Le cancer du col de l’utérus représente en France, chez la femme, la 11e cause de cancer et la 12e cause de décès par cancer. Trois quarts des cas sont diagnostiqués chez des femmes de 25-64 ans et plus de la moitié des décès se produisent dans cette même tranche d’âge. Or 9 cas sur 10 pourraient être évités disent les Autorités : pensons vraiment à nous faire dépister !

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