Jules, 21 ans (82) : « Je commence à assumer mon bégaiement ! »

Le 26 mars 2018 - Par Vanessa Bernard

Jules fait partie de ces 600 000 personnes qui en France souffrent de bégaiement. Des hommes, majoritairement. Longtemps, il a eu du mal à vivre avec ce trouble du langage. Aujourd’hui, il souhaite s’en sortir pour se donner les moyens d’une vie professionnelle et personnelle plus épanouie. 

Je ne me rappelle pas exactement ce qui dans ma façon de parler a alerté mes parents sur mon possible bégaiement, je me souviens juste que j’étais en maternelle lorsque j’ai commencé mes premières séances d’orthophonie. Bégayer, c’est vraiment handicapant. Les moqueries, les gens tentés en permanence de finir les phrases à votre place, la peur de prendre la parole… Je crois que la pire période a été le collège. A l’école, j’étais comme préservé, dans une bulle. Les maîtresses étaient attentionnées et mes camarades, assez indifférents. Finalement, je n’ai pas vécu tant de traumatismes durant cette période.

Bégayer, c’est vraiment handicapant. Les moqueries, les gens tentés en permanence de finir les phrases à votre place, la peur de prendre la parole…

Des années collège difficiles

Dès mon entrée en 6e, la tendance s’est inversée. Complètement. Nouvel établissement, nouveaux camarades, et nouveaux quolibets. Je me suis renfermé peu à peu, sans pour autant décrocher. Mes parents m’ont toujours encouragé à bien travailler, ne serait-ce, disaient-ils, « que pour clouer le bec à tous ces petits imbéciles ! » Evidemment, à l’oral, j’évitais d’intervenir et les profs jouaient le jeu. A l’écrit, mes résultats étaient excellents. Je crois même que c’est ce qui m’a sauvé.

J’ai arrêté d’aller consulter mon orthophoniste. J’en avais assez. J’évitais de parler et ça allait bien. Du moins en surface… Alors, ma mère a quand même souhaité que j’aille voir une psychologue. J’ai tenus quelques mois avant d’arrêter.

J’évitais de parler et ça allait bien. Du moins en surface…

Puis le lycée, et un déclic

A mon entrée au lycée, les choses ont clairement changé. D’abord, parce que physiquement, je commençais à en imposer avec mon 1,80 m et ma stature athlétique vu que je m’étais mis au sport. Et puis, surtout, les filles ont commencé à s’intéresser à moi. Finalement, c’est en rencontrant ma copine que j’ai repris confiance. Elle m’a donné des ailes. C’est aussi grâce à Julie que j’ai décidé de reprendre mes séances d’orthophonie mais, cette fois, avec une spécialiste du bégaiement. J’ai aussi commencé à ne plus cacher mon trouble du langage, à l’accepter et même à en parler.

Je participe à des groupes de paroles avec d’autres bègues ce qui m’aide à me sentir moins seul

Les choses s’améliorent peu à peu. Je ne peux pas dire que j’ai une élocution fluide, et je suis bien conscient que le chemin sera encore long. Je participe à des groupes de paroles avec d’autres bègues ce qui m’aide à me sentir moins seul. Dès que j’ai un stress, je ne maîtrise plus rien, mon bégaiement me dépasse totalement ; je ne parviens plus à le maîtriser. Pour autant, je ne baisserai pas les bras. Aujourd’hui, j’ai une vraie vie sociale avec de « vrais » amis. Certes, ils sont très peu nombreux ceux avec lesquels j’arrive à prendre la parole sans craintes. Mais je suis sur la bonne voie !

 

Bégaiement : le saviez-vous ?

Suite de disfluences (répétitions de syllabes, blocages, prolongations de sons…) qui peuvent être accompagnées de mouvements involontaires, le plus souvent en relation avec une augmentation de tension, le bégaiement est un trouble qui intervient dans la communication. Il se manifeste généralement lors de conversations, et plus rarement en lisant ou en jouant un rôle, et presque jamais en chantant. À l’origine d’une véritable souffrance, le bégaiement peut provoquer le rire, la gêne, ou le rejet. Il s’agit d’un handicap social encore mal compris.

  • Plus de 850 000 personnes bégaient en France, Suisse et Begique
  • Le bégaiement touche 3 à 4 fois plus les sujets masculins
  • Il existe aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte
  • Le bégaiement s’installe le plus souvent entre 2 et 5 ans
  • Trouble affectant la parole, le bégaiement est plus encore un trouble de la communication
  • Ce symptôme peut s’intégrer dans un tableau clinique plus large comprenant d’autres manifestations telles que le bredouillement, un déficit attentionnel, des problèmes de coordination motrice, etc…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>