Jeux d’argent et de hasard : les chiffres

Le 30 juin 2015 - Par Vanessa Bernard

C’est en 2010 qu’a été votée la loi permettant l’ouverture à la concurrence du secteur des jeux d’argent et de hasard en ligne. Un texte qui prévoyait également un dispositif de prévention et de prise en charge des addictions de type jeux pathologiques. De cette nouvelle législation a aussi été créé « l’Observatoire des jeux » (ODJ) par Bercy, en partenariat avec le Ministère de la Santé pour un vrai rôle de veille et de conseil auprès du gouvernement. Ainsi, l’année dernière, l’ODJ aux côtés de l’INPES lançait la deuxième enquête nationale ENJEU sur les pratiques de jeu d’argent et de hasard.

Jeux de tirage, jeux de grattage, paris hippiques, paris sportifs, poker et autres jeux de cartes. Mais aussi machines à sous et autres jeux de casinos. Il faut dire qu’en France, les moyens de s’adonner aux jeux de d’argent et de hasard ne manquent pas. En ligne, c’est pareil : l’offre est conséquente et permet à qui le souhaite de pratiquer ce loisir à n’importe quel moment du jour et de la nuit. Un loisir, insistons sur le terme puisque dès lors qu’un joueur joue trop souvent, trop longtemps, trop d’argent, il y a un risque de tomber dans ce qu’il est convenu d’appeler une « addiction ». Attention danger. Mais ce risque est-il vraiment prégnant ? Les Français sont-ils des joueurs irraisonnés ?

On estime à 1 million le nombre de joueurs « à risque modéré » et à 200 000 les joueurs dits « excessifs » 

C’est ce qu’a tenté de mettre en lumière la seconde enquête ENJEU en comparant nos comportements face aux jeux et leur évolution depuis la précédente étude réalisée en 2010, année marquée par le changement du cadre législatif sur les jeux d’argent et de hasard. Ainsi, il ressort de ce sondage, qu’en 2014, plus de sept Français âgés de 15 à 75 ans (soit 74,0 % ) déclaraient avoir joué au moins une fois à un jeu d’argent et de hasard au cours de leur vie et plus de la moitié (56,2 %) au moins une fois au cours de l’année écoulée. Des joueurs qui ont principalement eu recours à des supports traditionnels : seulement 7,3 % des joueurs ont pratiqué de telles activités sur internet, soit une prévalence du jeu en ligne rapportée à la population générale de 4,1 %. En comparaison de l’année de référence 2010, la proportion de Français ayant pratiqué des jeux d’argent et de hasard a ainsi très sensiblement augmenté depuis, passant de 46,4 % à 56,2 %, soit une augmentation de près de 10 points…

Davantage de pratiques problématiques en fonction du sexe, de l’âge, et du milieu social

Si une large majorité des personnes pratiquant des jeux d’argent et de hasard le font de manière occasionnelle et non problématique, on estime toutefois à 2,2 % le nombre de joueurs « à risque modéré » et à 0,5 % le nombre de joueurs dits « excessifs » soit respectivement, environ 1 million d’une part et 200 000 Français d’autre part. Le chiffre n’est pas négligeable ! Pour autant, la prévalence de « jeu excessif » reste stable entre 2010 et 2014 même si celle du « jeu à risque modéré » a significativement augmenté sur cette même période, passant de 0,9 % à 2,2 %. Concernant le profil des joueurs problématiques (joueurs à risque modéré ou excessifs), maintenant, on constate que ce sont plus souvent des hommes et plus souvent, des jeunes. De façon générale, ils appartiennent à des milieux sociaux plus modestes et sont moins diplômés. Sur le plan professionnel, ils sont aussi moins actifs que l’ensemble des joueurs.

Une pratique effective chez les mineurs malgré l’interdiction de l’offre à leur égard

Alors même que la loi française interdit l’offre de jeux d’argent et de hasard aux mineurs, l’enquête révèle également qu’un jeune mineur âgé de 15 à 17 ans sur trois (32,9 %) a joué au moins une fois à un jeu d’argent et de hasard en 2014. Chez les joueurs mineurs, les activités principalement pratiquées sont dans l’ordre décroissant : les jeux de grattage (66,5 %), les paris sportifs (31,7 %) et les jeux de tirage (22,4 %). Parmi les mineurs qui ont joué au moins une fois sur cette période, 25,4 % sont classés « à faible risque » et 11,0 % « problématique». Alors, rappelons quand même que plus on commence à « jouer » tôt, plus on a de chance de développer des comportements « problématiques ».