ITW – Pr. Naassila : « La dépendance à l’alcool est l’histoire de toute une vie »

Le 30 novembre 2015 - Par Manon Costantini

Le Professeur Mickael Naassila est neurobiologiste de formation mais aussi président de la Société française d’alcoologie depuis mars 2015. Il revient pour nous sur le phénomène de l’alcoolisation excessive et nous prodigue ses conseils. Rencontre. 

Quelle est la différence entre un alcoolodépendant et un buveur excessif ?

Si les effets de la consommation d’alcool et les fréquences entrent en compte, ce sont surtout les symptômes qui vont alerter sur une alcoolodépendance :  problèmes relationnels, perte de contrôle, impossibilité de s’abstenir, pulsion à consommer…  Dès lors qu’il y a souffrance, la question de la dépendance doit se poser. Il faut savoir aussi qu’il s’agit d’une maladie chronique qui s’installe silencieusement. C’est bien là tout le danger : l’addiction progresse sans que vous ayez eu l’occasion de la voir venir.

 Dès lors qu’il y a souffrance, la question de la dépendance doit se poser

Comment soigner cette maladie puisqu’il est convenu de l’appeler ainsi ?

La première difficulté est de « repérer » l’alcoolodépendant qui demeure invisible : moins d’un malade sur 10 est pris en charge. De plus, il n’existe pas vraiment de parcours de soins classiques si ce n’est, heureusement, quelques centres spécialisés. Or, il faut une prise en charge globale : médicamenteuse, psychologique et sociale. Je dirai que la guérison est aussi intimement liée à la motivation du patient…

La première difficulté est de « repérer » l’alcoolodépendant qui demeure invisible

C’est pour cela qu’il est si difficile d’en guérir, que les rechutes sont fréquentes ? 

La dépendance est, selon moi, l’histoire de toute une vie d’autant plus avec l’alcool qui vient perturber les mécanismes à la base de la mémoire. Le cerveau se souvient à vie de son exposition à l’alcool. L’alcool suractive notre circuit cérébral du plaisir qui finit par se déréguler et nécessite toujours plus d’alcool pour être activé ce qui s’accompagne d’un état émotionnel négatif, d’une dysphorie poussant à re-consommer cette fois ci pour se soulager de ce mal-être.  La dépendance est aussi liée à des apprentissages aberrants et un cerveau qui passe en mode automatique dans lequel on ne sait plus vraiment dans quel but on consomme. C’est une maladie qui a tendance à être récidivante du fait des stimuli environnementaux qui nous entourent, de tous ces signaux omniprésents comme les publicités qui semblent appeler à la re-consommation et qui deviennent ainsi de puissants agents provocateurs de rechute. Cependant,il n’y a rien d’irrémédiable, il y a des risques. Mais il y a aussi des malades qui ont un « déclic », se prennent charge et ne toucheront plus jamais à l’alcool de leur vie.

La dépendance est aussi liée à des apprentissages aberrants et un cerveau qui passe en mode automatique

Que penser alors du parcours de soins médicamenteux ? 

Je suis favorable à une prise en charge incluant une pharmacothérapie, d’autant que la prise d’un traitement nécessite une consultation et favorise la communication entre le patient et le professionnel de santé. Un échange fondamental et encore trop peu fréquent. Le médicament est important mais, attention, car il n’existe pas de traitements « miracle ». Rappelons que le problème de l’alcool est bio-psycho-social ce qui signifie qu’il faut le traiter sous ces trois aspects. Or, sur le plan biologique, nous ne disposons pas des moyens nécessaires mais nous pouvons agir sur l’aspect psycho-social pour limiter les rechutes. Longtemps nous n’avons eu que le choix du maintien de l’abstinence, aujourd’hui, nous profitons d’un arsenal thérapeutique, alors utilisons-le !

Les fêtes de fin d’année et toutes les stimulations qu’elles entraînent sont dangereuses pour les abstinents 

Noël approche… Est-ce une période propice aux rechutes ? 

Les fêtes de fin d’année et toutes les stimulations qu’elles entraînent – les signaux que j’évoquais plus haut – sont dangereuses pour les abstinents qui vont être exposés à un environnement encore plus addictogène. Alors, oui, le risque de rechute est très important.

  • Yves Brasey

    Je ne suis ni professeur, ni neurobiologiste.

    « Rappelons que le problème de l’alcool est bio-psycho-social ce qui signifie qu’il faut le traiter sous ces trois aspects.  » cette affirmation est exagérée, dans 50 % des cas la maladie est uniquement neurobiologique et un traitement au baclofène la guérit en quelques semaines (sans même l’obligation d’abstinence).

    Il existe toute une littérature médicale officielle de professeurs et neurobiologistes qui l’explique.

    Vous la trouverez ici http://www.baclofene.org/baclofene/category/documents/scientifique

    Yves BRASEY Vice-président de l’association Baclofène

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