ITW – Pr. Christophe Cellier : « Tout savoir sur le sans gluten »

Le 2 mai 2016 - Par Vanessa Bernard

Le Professeur Christophe Cellier est Chef de Service d’Hépato-gastro-entérologie et Endoscopie Digestive à l’Hôpital Européen Georges Pompidou. Pour nous il revient sur le régime sans gluten seul moyen de traiter la maladie coeliaque. Rencontre. 

A quoi sert le gluten ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi certaines personnes doivent l’éviter ?

Ce sont des protéines que l’on retrouve dans les céréales : le blé, le seigle et l’orge essentiellement. Elles n’ont aucune valeur nutritive, mais permettent  une certaine élasticité ou moelleux pour les aliments. Certaines des protéines du gluten sont immunogènes c’est-à-dire capables de déclencher une réaction immunitaire, inappropriée comme la maladie coeliaque. Celle-ci entraîne une inflammation chronique au niveau de l’intestin grêle qui alors s’atrophie progressivement et peut être à l’origine d’une mauvaise absorption du fer (avec risque d’anémie), d’une carence en calcium (déminéralisation osseuse), de diarrhées, d’un important amaigrissement.

Comment le remplacer et toutefois conserver une alimentation équilibrée, bonne pour la santé ?

On peut le remplacer par tout ce qui n’en contient pas. La difficulté est ici d’ordre social puisque le gluten s’est incrusté un peu partout dans l’alimentation, du pain aux plats cuisinés.

Si vous avez des maux de ventre, des diarrhées ou certaines carences, il ne faut pas hésiter à aller consulter

Comment la maladie cœliaque se manifeste-t-elle et quelles conséquences pour ceux qui en souffrent ?

La difficulté justement c’est le diagnostic car tous les patients n’ont pas les mêmes symptômes. Mais si vous avez des maux de ventre, des diarrhées ou certaines carences, il ne faut pas hésiter à aller consulter. Le premier test sera une prise de sang qui saura révéler les anticorps spécifiques de la maladie ; s’ensuivra une fibroscopie puis un prélèvement dans l’intestin grêle pour confirmer le diagnostic. Le médecin compense alors les carences par une prescription adaptée puis, après c’est manger sans gluten à vie.

L’hypersensibilité au gluten semble de plus en plus reconnue par les médecins. Quelle est la différence entre l’intolérance au gluten et l’hypersensibilité ?

L’hypersensibilité concerne des personnes qui vont avoir des symptômes digestifs sans anomalie de l’intestin, et qui en arrêtant de consommer du gluten vont se sentir mieux. C’est encore un phénomène qu’on ne peut pas expliquer : on ne sait dire s’il s’agit d’une hypersensibilité intestinale ou d’une maladie coeliaque en latence…

Comme le gluten n’a pas de valeur nutritive, on peut s’en passer sans courir de danger. Le seul risque finalement c’est de tomber dans des dérives

Une grande partie de la population ne serait pas « diagnostiquée » : comment expliquez-vous ce phénomène ?

Le nombre de cas a augmenté avec la meilleure connaissance e la maladie coeliaque. Aujourd’hui, en effet, les prises de sang sont beaucoup plus performantes et permettent un meilleur diagnostic. Alors qu’auparavant on pensait que la maladie coeliaque était observée uniquement chez les enfants, on sait aujourd’hui qu’elle touche les adultes et que dans 20% des cas, elle se déclenche même après 60 ans. Comme je l’évoquais aussi, étant donné la multitude de symptômes qui y sont associés, il est aussi des difficultés à relier les troubles à cette maladie.

Pensez-vous que manger sans gluten puisse présenter un risque pour la santé ?

Comme le gluten n’a pas de valeur nutritive, on peut s’en passer sans courir de danger. Le seul risque finalement c’est de tomber dans des dérives, d’aller par exemple,vers l’orthorexie alimentaire et de s’interdire, au fur et à mesure, de plus en plus d’aliments. Le bénéfice du sans gluten pour les personnes non malades n’a pas été démontré.

Sans gluten. Comment démêler le vrai du faux ?

Tous les tests  (de type recherche IgG) qui se prévalent de pouvoir analyser les problèmes d’intolérance alimentaire n’ont aucune valeur scientifique : méfiance donc ! Avant d’entamer un tel régime, il faut d’abord éliminer une authentique maladie coeliaque, qui si elle n’est pas prise en charge peut avoir des complications graves : anémie, déminéralisation osseuse, voire lymphome, dans les cas le plus critiques.

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