Génériques : l’ITW du Pr. Tillement

Le 23 août 2015 - Par Vanessa Bernard

Professeur émérite de Pharmacologie et membre de l’Académie de Médecine et de l’Académie de Pharmacie, le Professeur Jean-Paul Tillement répond à toutes nos questions sur les médicaments génériques. Interview

 

JP Tillement

Les génériques ne décollent pas en France;  le rapport « Place des génériques dans la prescription » est-il opportun ?

La part des génériques en France est l’une des plus faibles d’Europe, voire du monde, et le phénomène s’est  accentué avant même le rapport de l’Académie. Au lieu de nous faire un faux procès, ne vaudrait-il pas  mieux s’interroger sur les causes de cette exception française, de cette remise en cause, puis oser les commenter et lever des doutes qui nuisent effectivement au développement souhaitable  des génériques sur le plan économique ?

Vous ne contestez pas l’utilité des génériques…

Bien au contraire ! Nous ne sommes pas responsables des interprétations abusives auxquelles nos recommandations ont donné lieu. Le titre même du rapport donne toute sa place aux génériques dans la prescription, et nous insistons d’emblée, dès les premières lignes, sur leur utilité en incitant au développement de leur utilisation.

C’est leur bon usage qui est mis en cause…

L’Académie de médecine écoute les médecins et surtout les patients, dont les réticences vis-à-vis des médicaments ont été exacerbées ces dernières années. Or, au lieu de restituer la confiance, les génériques amplifient les doutes. Comment peut-on raisonnablement parler de copies conformes du médicament princeps quand la forme, la couleur, le conditionnement et parfois le dosage diffèrent, au risque de graves confusions, en particulier chez les plus âgés ? Dans quelle mesure la marge de non conformité autorisée, notamment pour le choix des excipients, qui peut rendre le médicament différent d’apparence et de contact , ne risque-t-elle pas de diminuer son efficacité, et même d’induire de nouveaux effets secondaires ? Nous ne mettons pas en doute que les génériques soient aussi bien contrôlés en France que n’importe quel autre médicament, mais chacun sait que les règles de bonne pratique ne font pas toujours bon ménage avec les aléas de la mondialisation … Par ailleurs, si l’industriel qui fabrique le générique utilise un brevet tombé dans le domaine public, peut-il le reproduire vraiment à l’identique, comme c’est le cas avec les « auto-génériques » fabriqués par le laboratoire d’origine sur les mêmes chaînes de fabrication que le princeps ?

Le titre même du rapport donne toute sa place aux génériques dans la prescription, et nous insistons d’emblée, dès les premières lignes, sur leur utilité en incitant au développement de leur utilisation. 

Le problème, c’est donc la substitution…

L’Académie ne conteste absolument pas le principe de la substitution pour tous les médicaments , mais elle  souhaite,  comme le prévoit la loi, que les risques de variations d’efficacité, de confusion ou de moins bonne observance que l’on constate aujourd’hui soient sinon supprimés, du moins réduits au minimum acceptable pour la sécurité du patient. La prescription d’un médicament n’est jamais anodine, notamment pour ceux « à marge thérapeutique étroite », dont une variation, même minime, de biodisponibilité peut modifier sensiblement l’activité. Dans certains cas, parfaitement identifiés, le générique s’avère moins efficace, comme on a pu le constater avec certains  antibiotiques injectables ; il peut surtout être inadapté, dérouter le malade et son médecin, dans certains traitements, de l’épilepsie, de l’hypothyroïdie, mais aussi du diabète et de maladies cardiaques. Que doit alors faire le prescripteur ? Le médecin n’a-t-il pas le droit, sinon le devoir, de s’opposer à la substitution pour revenir au princeps qui « marchait » bien ?

NS : un droit non négociable ?

Dans l’intérêt du patient, la demande de non substitution, si elle est médicalement justifiée, doit être respectée par le pharmacien ;  c’est une question de bon sens. Son maintien est indispensable à une médecine personnalisée tenant compte des situations à risques, comme l’a rappelé le Conseil de l’Ordre des médecins. Pour autant, médecins et pharmaciens ont le même objectif, à savoir restituer la confiance et favoriser, à travers une meilleures acceptation des génériques en France, les économies indispensables à la survie de notre système de soins. Le dossier pharmaceutique permet déjà à chacun, sur simple demande, un suivi  sécurisé de ses prescriptions. Mieux informer, expliquer, ne pas systématiser ni stigmatiser, la pédagogie doit l’emporter sur la polémique.

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