ITW – Dr. Patrick Mesters : « Prévenir le mal du siècle chez les travailleurs »

Le 22 février 2015 - Par Vanessa Bernard

Selon une étude réalisée par Technologia*, nous serions plus de 3 millions de Français, présentant un risque élevé d’épuisement au travail. Pour autant, le burn-out n’est pas encore reconnu comme une maladie professionnelle. Peut-on le prévenir et que peuvent faire les entreprises pour nous aider ? Les réponses de Patrick Mesters, neuro-psychiatre, directeur de l’Institut européen pour la prévention et la recherche sur le burn-out.

Les Français sont épuisés au travail. Alors, pourquoi le burn-out demeure encore tabou ? 

Il faut démystifier le sujet et sortir de la notion de culpabilité face à l’épuisement professionnel qui est, en effet, une réalité ! En Europe du Nord et au Canada, on parle de burn-out depuis bien longtemps. En Europe de l’Ouest, c’est vrai, nous avons encore du mal à l’évoquer frontalement. La vague de suicides chez France Télécom a été un premier signe d’alerte. Toutefois le terme reste galvaudé et la plupart des personnes concernées ne s’en plaignent pas. C’est souvent l’entourage qui tire la sonnette d’alarme et heureusement car le burn-out relève du diagnostic médical. L’irritabilité, l’hypersensibilité émotionnelle, l’agressivité, les troubles du sommeil en sont des signes forts.

Les entreprises ont-elles conscience de ce que l’on pourrait appeler « le mal du siècle » professionnel ? 

La prise de conscience dépend évidemment des employeurs. Certaines entreprises vont considérer le problème sous la pression des syndicats ou des comités de santé et d’hygiène. D’autres parce que les conflits et les absences répétées mettent en péril la productivité et le climat. D’autres encore pour se conformer à la législation qui au travers du « Document Unique » prévoit l’évaluation des risques professionnels. Et, il y a celles qui s’en préoccupent par idéal et humanisme.

L’irritabilité, l’hypersensibilité émotionnelle, l’agressivité, les troubles du sommeil en sont des signes forts du burn-out.

Comment peuvent-elles agir pour prévenir le problème et aider leurs collaborateurs qui présentent un risque d’épuisement ? 

Il est essentiel de travailler sur la motivation des gens et de mettre en place un réseau de vigilance afin de détecter les signes avant coureurs et d’anticiper en accompagnant le salarié. Il faut aussi former les responsables d’équipe au « management durable », c’est-à-dire leur apprendre à adopter la bonne posture. Pour moi, il est aussi des valeurs essentielles pour prévenir le phénomène : cultiver la reconnaissance, respecter la vie privée et professionnelle, les valeurs de l’entreprise, répartir la charge de travail… En prenant en considération le burn-out, l’entreprise y gagnera forcément : moins de stress, mois d’absentéisme, des collaborateurs mieux dans leur peau et des défenses immunitaires renforcées !

En savoir plus sur le burn-out : www.burnout-institute.org

*Technologia : cabinet d’expertise des conditions de travail agréé par le ministère

10 conseils pour apprendre à se ménager

  • Faire du sport (minimum 2 fois 45 mn/semaine);
  • Manger équilibré (et boire beaucoup d’eau);
  • Trouver l’équilibre vie privée/vie professionnelle;
  • Cultiver son réseau social;
  • Gérer son sommeil;
  • Apprendre à dire « NON » au « truc » qu’il ne faut pas;
  • Aller à l’essentiel (vivre mieux avec moins);
  • Apprendre à déléguer (sortir le nez du guidon);
  • Faire des pauses dans la journée et dans l’année (loisirs en semaine et partir en vacances);
  • Donner du sens à sa vie en servant une cause, en ayant une conviction.